Pige dans le lac
Tous les étudiants sont confrontés à la question à mille piasses tout au long de leur parcours scolaire. La question qui nous achale sans arrêt et qui vient hanter notre esprit se formule généralement à peu près comme “pi toi, sais-tu ce que tu veux faire dans vie?”. C’est toujours les vieux, d’ailleurs, qui prononcent cette maudite phrase de satan.
Pourquoi est-ce que tout le monde se préoccupe autant de ce que je veux faire plus tard? J’ai toujours le bonheur de leur apprendre que je n’en ai toujours aucune idée. Et avec toute la sagesse et l’expérience de leur vieilles âmes, ils me rassurent en me disant que j’ai encore en masse le temps d’y penser. Mais souvent on dirait qu’y doutent un peu; tu sais vraiment pas? même pas une petite idée? Des fois ils me font même la gracieuseté d’essayer de m'éclairer dans ma quête de but et s’improvisent conseillers en orientation; aimes-tu les maths? qu'est ce-qui te passionne dans la vie?
C’est pas que j'apprécie pas leur intérêt, c’est que je sais que c’est pas Gertrude, 68 ans, à qui je parle pour la première fois au souper de fête à ma grand-mère qui va finalement, par ses questions redondantes, parvenir à trouver ma vocation.
Comment est-ce qu’on sait ce qu’on veut faire dans la vie? Certains savent ce qu’ils veulent faire plus tard depuis qu’ils sont tout petits, d’autres, comme moi, n’en savent toujours rien mais n'ayez crainte, ça l’air qu’on a encore en masse le temps d’y penser. Mais c’est pas non plus parce que t’as toujours su ce que tu voulais faire que tu changeras pas d’idée, j’ai lu dans un article de La Presse que d’après Statistique Canada, à 25 ans, seulement 10 % de la population travaille dans le métier envisagé à 15 ans.
Je dirais que faire un choix de carrière, c’est comme une partie de Pige dans le lac, par essais-erreurs tu tentes de trouver la carte qui correspond à ton image. La différence, c’est que dans la vraie vie les cartes sont pas mal plus floues. C’est dur trouver la bonne carte quand t’es pas trop sûr de savoir c’est quoi l’image que t’as entre les mains. Mais des fois il faut tenter sa chance pour finalement se rendre compte que les images fitent pas pentoute ensemble. Mais quand tu trouves finalement le match parfait, c’est dans la poche. T’es sortie du bois, tu vas enfin pouvoir satisfaire la curiosité des vieux fouineux.
Beaucoup d’entre nous sont toujours de la partie et on continue à piger dans le lac. Il se peut que la carte que tu veux ne te parvienne jamais entre les doigts. La vilaine cote R t’a peut-être mis des bâtons dans les roues ou bien ton parcours c’est avéré plus difficile que prévu et tu as dû abandonner ce potentiel match parfait. Je suis pas compétitive dans la vie mais perdre à Pige dans le lac (surtout quand tu joues tout seul) c’est insultant.
Il faut savoir faire face à la réalité, ça arrive que nos plans tombent à l’eau. Mais comme dans le jeu, tu as le droit à plus qu’un match parfait, tu as le droit d’aller à la recherche d’une nouvelle carte même si on est déjà au milieu de la partie. T’as encore en masse le temps, peu importe ce que ca veut dire.
Ne laisse pas mamie Gertrude ou qui que ce soit te faire sentir mal parce que t’as pas les réponses à leur mille et une questions sur ton avenir. Si y veulent savoir, il va falloir qu’y soient patients, maudits employés de satan. Tu veux des réponses? Je n’en ai pas, pige dans le lac.
Julie Methot (Cegep Garneau)

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